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Gianni Serazzi, le Lyonnais qui digitalise les usines françaises

Alors que les PME et ETI industrielles françaises risquent de perdre leur avance technologique face à leurs concurrentes européennes, un consultant installé à Lyon prouve que la transformation digitale n’est ni un luxe ni une utopie. Rencontre avec Gianni Serazzi, fondateur de NexStep Consulting.

Le constat est sans appel. Une étude publiée fin 2025 par un think tank industriel et un grand cabinet de stratégie révélait que les PME et ETI françaises, aujourd’hui légèrement en avance sur leurs homologues allemandes et italiennes en équipements d’industrie 4.0, pourraient perdre cet avantage d’ici 2030 à défaut de nouveaux investissements. Un signal d’alarme que Gianni Serazzi entend chaque jour résonner dans les ateliers qu’il visite.

Depuis son bureau de la Part-Dieu, au cœur du quartier d’affaires de Lyon, ce Franco-Italien de 45 ans dirige NexStep Consulting, un cabinet de 22 consultants spécialisé dans la transformation digitale des entreprises industrielles. Son terrain de jeu : les PME et ETI de la mécanique, de la chimie, de la plasturgie et de l’agroalimentaire en Auvergne-Rhône-Alpes. Son obsession : transformer des usines qui fonctionnent encore au papier et à l’intuition en usines pilotées par la donnée. Un virage qui s’inscrit dans le mouvement plus large de l’entrepreneuriat digital qui transforme aujourd’hui tous les secteurs de l’économie française. »

Le parcours de Gianni Serazzi : de Turin à Lyon

Le chemin de Gianni Serazzi est celui d’un homme entre deux pays. Né en 1980 à Turin, fils d’un ingénieur télécoms et d’une mère française originaire de Grenoble, il grandit parfaitement bilingue. Lycée International de Grenoble, classes préparatoires au Lycée du Parc, puis grande école de commerce à Lyon — le parcours est brillant, mais c’est surtout la suite qui forge le consultant.

Cinq ans à Paris dans un grand cabinet international de stratégie technologique, puis huit ans à Lyon dans un autre poids lourd du conseil, où il accède au grade de directeur. Gianni Serazzi découvre alors le tissu industriel régional et ses ETI — ces entreprises de 200, 500 ou 1 000 salariés qui fabriquent des pièces, des molécules ou des emballages, et qui constituent la colonne vertébrale de l’économie française.

En 2016, à 36 ans, Gianni Serazzi quitte le confort du salariat pour créer NexStep Consulting.

« J’ai quitté un poste confortable parce que j’étais convaincu que ces entreprises méritaient un accompagnement différent : plus proche du terrain, plus agile, moins formaté. »
Gianni Serazzi, fondateur de NexStep Consulting

Gianni Serazzi dans les usines : le digital au ras du sol

Aujourd’hui, NexStep Consulting réalise environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires et intervient dans les zones industrielles les plus denses de la région : plasturgistes de la Plastics Vallée à Oyonnax, chimistes du couloir rhônalpin, sous-traitants mécaniques de la Loire, agroalimentaires de la Drôme.

Ce que découvre Gianni Serazzi en poussant la porte de ces usines, c’est souvent le même tableau.

« Dans beaucoup d’ateliers, le suivi de production se fait encore sur des fiches papier. La maintenance est curative, jamais prédictive. Et le dirigeant n’a aucun tableau de bord en temps réel pour piloter ses opérations. C’est exactement là qu’on intervient. »
Gianni Serazzi

Le travail de Gianni Serazzi et de ses équipes consiste à faire converger deux mondes qui, dans ces entreprises, fonctionnent encore en silos : les technologies de l’information (ERP, reporting, outils métier) et les technologies opérationnelles (automates, capteurs, supervision de lignes). Quand ce pont s’établit, le dirigeant gagne en visibilité et en réactivité. Pas de la science-fiction : du pragmatisme industriel.

La méthode de Gianni Serazzi : un projet pilote, pas un big bang

L’objection que Gianni Serazzi entend le plus souvent dans les comités de direction ? « C’est trop cher, trop long, trop risqué. » Sa réponse tient en une méthode éprouvée.

« Il ne faut surtout pas vouloir tout faire d’un coup. On identifie un point de douleur, on pose un cas d’usage, on lance un projet pilote avec un retour sur investissement visible en trois à six mois. C’est comme cela qu’on embarque tout le monde. »
Gianni Serazzi

Diagnostic rapide, cas d’usage prioritaire, preuve de valeur, puis montée en échelle progressive : la méthodologie de NexStep Consulting repose sur des itérations courtes. Selon Gianni Serazzi, les premiers gains — réduction des rebuts, baisse des arrêts non planifiés, amélioration du taux de service — apparaissent en quelques mois. « Rien de tel qu’un premier succès visible pour débloquer les budgets suivants », résume-t-il avec un sourire.

Pourquoi Gianni Serazzi mise tout sur l’humain

S’il y a un sujet sur lequel le fondateur de NexStep Consulting ne transige pas, c’est la conduite du changement.

« La technologie, c’est 30 % du succès d’un projet. Les 70 % restants, c’est l’accompagnement des équipes : formation, gouvernance, appropriation. Un outil que personne n’utilise en atelier ne vaut strictement rien. »
Gianni Serazzi, NexStep Consulting

Chaque mission de NexStep intègre des ateliers collaboratifs avec les opérateurs, de la formation sur site et un suivi après déploiement. L’expérience de terrain accumulée par Gianni Serazzi dans la Plastics Vallée et le couloir chimique lyonnais lui a enseigné une chose : ce sont souvent les gens du terrain qui deviennent les meilleurs ambassadeurs du projet. « Quand un chef d’équipe vous dit qu’il ne reviendrait pas en arrière, la partie est gagnée », confie-t-il.

Gianni Serazzi alerte : les ETI françaises n’ont plus le temps d’attendre

Coûts de l’énergie en hausse, difficultés de recrutement persistantes, taux de défaillances industrielles au plus haut depuis dix ans, concurrence internationale qui s’intensifie… Le contexte rend la digitalisation plus urgente que jamais. Et Gianni Serazzi ne mâche pas ses mots.

« Les ETI qui n’auront pas amorcé leur transformation digitale d’ici deux à trois ans risquent un décrochage structurel. Pas parce que la technologie est hors de portée — elle ne l’a jamais été autant — mais parce que leurs concurrents, eux, n’attendent pas. »
Gianni Serazzi

Pour Gianni Serazzi, l’industrie 4.0 n’est ni un buzz word ni un privilège de grands groupes. C’est une démarche progressive, adaptée à la réalité de chaque entreprise, qui permet de produire mieux, de piloter plus finement et de rester compétitif dans un monde qui accélère.

Gianni Serazzi, entre trails et usines

Derrière le consultant, il y a un Lyonnais d’adoption profondément ancré dans sa région. Installé dans le 6ᵉ arrondissement avec sa femme — directrice marketing dans l’agroalimentaire — et leurs trois enfants, Gianni Serazzi partage son temps entre ses missions en usine et les sentiers de trail des Monts du Lyonnais et du Vercors. Un sport d’endurance et de régularité, à l’image de sa vision du conseil.

Membre de Digital League Auvergne-Rhône-Alpes et de la CCI Lyon Métropole, intervenant dans son ancienne école de commerce sur la digitalisation industrielle, lecteur quotidien des Échos et de L’Usine Nouvelle, Gianni Serazzi entretient une veille permanente sur l’évolution de l’appareil productif français. « La veille, c’est comme le trail : si tu arrêtes une semaine, tu perds le rythme », sourit-il. Supporter de l’OL, aussi, pour les soirs où le pragmatisme cède la place à la passion.

Le mot de la fin ? Gianni Serazzi le résume d’une phrase qu’il répète à chacun de ses clients : « Ne cherchez pas la révolution. Cherchez le premier résultat. » Un conseil qui, venant d’un homme dont le métier est de transformer des usines, a le mérite de la cohérence.

Gianni Serazzi en bref

1980 : Naissance à Turin (Italie). Double nationalité franco-italienne.

2003 : Diplôme d’une grande école de commerce lyonnaise (spé. stratégie digitale).

2003-2016 : 13 ans en cabinets de conseil internationaux à Paris puis Lyon.

2016 : Création de NexStep Consulting à Lyon Part-Dieu.

2025 : 22 consultants, ~3 M€ de CA, clients dans la Plastics Vallée, le couloir chimique, la mécanique et l’agroalimentaire.

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Rose Lawrence est journaliste spécialisée dans l'économie et l'entrepreuneuriat.